Glacier Express Suisse, le train des Cimes
publié le
24/03/10 - mis à jour le
10/05/10
Un des plus beaux voyages ferroviaires que l’on puisse entreprendre en Suisse et en Europe est sans conteste celui qui relie la station d’altitude de Zermatt dans le Valais, à Saint Moritz et Poschiavo, dans les Grisons, à la frontière de la Valteline italienne. Ce réseau ferré de montagne, unique au monde, de plus de 400 kms. emprunte exclusivement les voies métriques de la compagnie privée des chemins de fer rhétiques (Rhätische Bahn) et permet la liaison est-ouest du sud de la Suisse au travers de paysages alpins intacts, dont certains sont classés patrimoines naturel de l’Unesco.
Texte et photos : Marc Michel
Ce trajet est exploité par deux trains de rêve, le Glacier Express entre Zermatt et Saint Moritz, et le Bernina Express entre cette dernière station et Tirano. Ces deux tronçons rivalisent d’audace technologique. Les ingénieurs suisses ont réussi à faire fi du relief alpin et à dompter et à apprivoiser la montagne, en faisant circuler un train régulier entre 700 et 2400m d’altitude. En s’aidant de la crémaillère certes, mais surtout en bâtissant la plus grande et plus folle succession d’ouvrages d’art répartis sur un parcours aussi court.
Ce pari insensé vit le jour en 1930. Sur près de 300 kms empruntés par le Glacier Express on ne compte pas moins de 91 tunnels dont le célèbre tunnel de la Furka long de 15,4 kms. et de 291 ponts. Du Cervin aux paysages méditerranéens enchanteurs et doux du Val Poschiavo, 230000 passagers annuels venus du monde entier sont éblouis par ce voyage qui collectionne les superlatifs. Le train rapide le plus lent du monde, comme aime à le décrire la compagnie, parcours en sept heures et demi un des trajets les plus sauvages et des plus impressionnants des chemins de fer européens. La montagne omniprésente, visible depuis les voitures panoramiques, est parfois riante, mais peut aussi paraître menaçante, écrasante. D’autres fois la ligne est suspendue dans le ciel, et se joue des torrents, des glaciers, des gorges profondes, et donne parfois le vertige.
La descente depuis Zermatt à crémaillère emprunte la ligne du Gornergrat- Bahn et ses inquiétants paysages minéraux, jouant à saute-mouton par-dessus les torrents, déjouant d’énormes avalanches cyclopéennes de rochers et de pierres, jusque Visp, nœud ferroviaire dans la vallée du Rhône. Elle longe ensuite le fleuve vers sa source en traversant les paysages enchanteurs du Haut Valais. L’on pénètre dans la riante et ouverte vallée de Conches, magnifique carte postale, l’une des plus secrètes, des plus ensoleillées et des mieux préservée de toute la Suisse. Le charmant village de Niederwald, et ses chalets traditionnels de bois ouvragés que l’on aperçoit à travers les riches pâturages qui bordent la ligne, est la patrie de César Ritz, fondateur du célèbre palace parisien que l’on se plaisait à surnommer le roi des hôteliers et l’hôtelier des rois. Ensuite, franchi le long tunnel de la Furka et passé Andermatt, le Glacier Express entame de larges boucles de retournement permettant une ascension et autorisant des vues grandioses vers le col de l’Oberalp à 2033m. souvent sous la neige. On pénètre dans la partie des Grisons où l’on pratique le romanche. Passé Reichenau, le long de la rivière Albula, le train atteint le viaduc de la Landwasser, l’un des moments forts de la ligne. Posé au sommet d’arches élancées de 65m, il enjambe la rivière et, en un arc de cercle audacieux, plonge dans un tunnel ouvert dans un pan de montagne quasi-vertical. Passé Bergün, une succession de 5 tunnels hélicoïdaux, de 2 autres tunnels et 5 viaducs entrainent le voyageur dans un colimaçon effréné dans les entrailles de la montagne vers le tunnel de l’Albula, long de 6kms, à 1820m d’altitude. Au sortir de celui-ci on découvre enfin l’Engadine, sa lumière très pure et la réputée station de Saint Moritz, chère à Nietzsche et à tant d’autres artistes.
La seconde partie du trajet, sur la ligne de la Bernina, réserve les émotions les plus fortes. Ce tronçon mis en service en 1910 ne comporte pas moins de 55 tunnels et de 199 ponts et galeries. Les forêts de mélèzes font place à l’imposant massif de la Bernina et ses landes alpines. Soudain on longe le Lago Bianco à 2254m., atteints sans crémaillère, entouré de cimes avoisinant les 4000m. D’ici la ligne doit perdre 1000m de dénivelé sur 5km seulement en utilisant un maximum de boucles.
Nous voici enfin parvenus dans le monde méditerranéen et dans les pays de langue italienne. Le contraste est saisissant. Passé la noble et belle bourgade de Poschiavo, aux belles demeures de pierre patriciennes, le point d’orgue du voyage, presque à son terme, se situe au viaduc de Brusio. Cet ouvrage d’art unique, est bien connu de tous les amateurs de ferromodélisme dans le monde. Il consiste, pour perdre rapidement de l’altitude, en une boucle de 107m effectuant un virage complet à 360°. La rame rouge vif débouche alors dans une riche campagne méditerranéenne qui s’étend jusqu’à la frontière italienne et Tirano, terminus de cet époustouflant et mémorable voyage. De là il est possible de rejoindre Lugano en traversant la jolie et très prisée Valteline italienne.
Se renseigner : Suisse Tourisme, par téléphone seulement, n° gratuit : 00 800 100 200 30 // http://www.myswitzerland.com/ // Chemin de fer rhétique, Tél : + 41 81 2886105 // www.rhb.ch //
Culturel : Muée alpin de Zermatt. A Saint Moritz, le musée du talentueux peintre d’influence préraphaélite Giovanni Segantini et également, le Musée Berry où sont exposées les toiles de ce peintre anglais, tous deux inspirés au début du siècle par l’Engadine. Enfin le palais Mengotti à Poschiavo abrite les riches collections du musée régional.
Lire : Trains de montagne suisses, chez JPM guides.
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